La Cour suprême du Cameroun a publiquement dénoncé des pratiques de corruption au sein du ministère des Domaines, du Cadastre et des Affaires foncières (MINDCAF), jetant une lumière crue sur les irrégularités qui entachent la gestion foncière dans le pays. Cette dénonciation a eu lieu lors de la cérémonie de rentrée judiciaire, le mercredi 25 février 2026, en présence du Premier ministre et du ministre Henri Eyebe Ayissi.
Le président de la Chambre judiciaire de la Cour suprême, Fonkwe Joseph Fongang, a exposé une série de pratiques illégales affectant l'attribution et le retrait des titres fonciers. Parmi les irrégularités pointées du doigt, figurent des retraits et rétablissements successifs de titres fonciers, suggérant une manipulation administrative et un manque d'objectivité dans les décisions. Le juge a ouvertement questionné la pertinence de ces actes administratifs, insinuant que le ministre pourrait être induit en erreur par ses collaborateurs.
La Cour suprême a également mis en évidence des problèmes d'interprétation et d'application de la réglementation par les conservateurs fonciers. Des cas ont été signalés où un conservateur foncier étend indûment le retrait d'un titre foncier mère aux titres fonciers dérivés, modifiant ainsi la portée des arrêtés.
En outre, la gestion de l'expropriation pour cause d'utilité publique est également source de préoccupations. La Cour a rappelé les protections constitutionnelles et légales de la propriété privée, tout en dénonçant la création d'une « expropriation pour cause d'utilité privée », une pratique non prévue par les textes. Même l'indemnisation préalable, pourtant garantie par la loi, est devenue un processus long et complexe.
Ces révélations de la Cour suprême surviennent dans un contexte où la corruption foncière est un problème récurrent au Cameroun. En 2024, le secteur des domaines et des affaires foncières a enregistré le plus grand nombre de plaintes pour corruption, représentant 24,65 % du total. En novembre 2025, le ministre Henri Eyebe Ayissi avait suspendu 25 responsables du cadastre pour faute professionnelle grave.
La corruption dans le secteur foncier camerounais n'est pas un fait nouveau, mais ces dénonciations publiques par la plus haute instance judiciaire mettent en lumière l'urgence d'une réforme et d'une application rigoureuse des lois pour garantir la sécurité foncière et lutter contre l'impunité. Le MINDCAF, sous la tutelle du ministre Eyebe Ayissi, est chargé de mettre en œuvre la politique gouvernementale en matière foncière, cadastrale et domaniale. La lutte contre la corruption dans ce secteur est essentielle pour assurer un développement économique et social équitable au Cameroun.