Djeukam Tchameni, figure de l'opposition camerounaise, a témoigné des circonstances de son arrestation survenue le 24 octobre 2025 à Douala, la même nuit que celle d'Anicet Ekane. Dans un récit glaçant, il décrit une irruption nocturne à son domicile par une dizaine d'hommes armés et en civil.
Vers 22 heures, ces individus ont forcé l'entrée de sa propriété, où se trouvaient l'école de sa femme, un internat et ses appartements privés. Après avoir contraint le gardien à ouvrir, ils ont tenté de défoncer la porte principale du bâtiment. Alerté par le bruit, Djeukam Tchameni s'est approché, mais les assaillants ont exigé qu'il décline son identité avant de menacer de détruire la porte. Des coups de pied et de crosse ont alors plu sur la porte vitrée, le contraignant à ouvrir pour éviter sa destruction complète.
Dès l'ouverture, il a été brutalement saisi, cagoulé et emmené à l'arrière d'un véhicule. Ses téléphones lui ont été arrachés après avoir été forcés de les déverrouiller. Pendant le trajet, il a été fouillé et dépouillé de 200 000 FCFA. Grâce aux conversations de ses ravisseurs, il a compris qu'Anicet Ekane se trouvait dans un autre véhicule et que la destination était le SED (Secrétariat d'État à la Défense) à Yaoundé.
Arrivé au SED, il a été remis aux gendarmes puis conduit au bureau du lieutenant-colonel Bialo. Refusant de s'exprimer sans la présence d'un avocat, il a été placé en cellule. Son interrogatoire n'a débuté que deux jours plus tard, en présence de son conseil. Il a été maintenu en garde à vue dans des conditions « psychologiquement intenables » jusqu'au 5 décembre 2025, date de son transfert à la prison de Nkondengui.
Pendant son arrestation, les assaillants ont fouillé ses appartements et l'internat, emportant téléphones, ordinateurs, modems, passeports, cartes bancaires, 2 000 euros, 500 dollars, un coffre-fort contenant des documents familiaux et professionnels, ainsi que 3 millions de FCFA en espèces. Malgré les demandes répétées de ses avocats et de son épouse, ces biens n'ont jamais été restitués.
L'arrestation de Djeukam Tchameni et Anicet Ekane s'inscrit dans un contexte de tensions post-électorales, les deux hommes ayant soutenu la candidature d'Issa Tchiroma Bakary face au président sortant Paul Biya. Ekane est décédé en détention le 1er décembre 2025, suscitant l'indignation et des demandes d'enquête indépendante sur les circonstances de sa mort. Son avocat avait signalé que son client n'avait jamais été formellement inculpé et que son oxygénateur avait été confisqué. Tchameni a été inculpé le 5 décembre pour « atteinte à la sûreté de l'État » et placé en détention provisoire à la prison de Nkondengui.
Les conditions de détention au SED ont été dénoncées par plusieurs organisations de défense des droits de l'homme, notamment Human Rights Watch, qui a documenté des cas de torture et de traitements inhumains. Les détenus y sont souvent soumis à la torture, à des détentions au secret et à des conditions de vie déplorables, notamment la surpopulation, le manque d'hygiène et l'absence de soins médicaux adéquats. La disparition des biens confisqués lors de l'arrestation de Djeukam Tchameni soulève également des questions quant au respect des garanties judiciaires au Cameroun.