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Cameroun : 20 ans après l'opération Épervier, quel bilan pour la lutte anti-corruption ?

Vingt ans après le lancement de l'opération Épervier au Cameroun, un bilan mitigé persiste. La lutte contre la corruption a-t-elle réellement porté ses fruits ou s'agit-il d'une simple mise en scène ?

Cameroun : 20 ans après l'opération Épervier, quel bilan pour la lutte anti-corruption ?
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En 2024, le Cameroun a marqué le 20e anniversaire de l'Opération Épervier, une initiative judiciaire ambitieuse lancée pour éradiquer la corruption et punir ceux qui pillaient les fonds publics. Cette opération avait pour objectif de signaler que « nul n'est au-dessus de la loi » et de mettre fin à l'impunité. Cependant, deux décennies plus tard, les résultats sont mitigés, soulevant des questions sur l'efficacité réelle de cette campagne.

L'Opération Épervier, lancée au milieu des années 2000, a initialement créé une onde de choc en ciblant de hauts fonctionnaires, des ministres et des directeurs généraux. Des personnalités autrefois considérées comme intouchables ont été emprisonnées, et le système judiciaire semblait fonctionner de manière décisive. Malgré ces actions initiales, les scandales financiers ont persisté, notamment ceux liés aux fonds COVID-19 et aux budgets de la Coupe d'Afrique des Nations 2021. Plus troublant encore, certains gestionnaires incriminés ont même reçu des décorations officielles, ce qui discrédite l'impact de la répression.

Un paradoxe notable est la libération et la réhabilitation des personnes condamnées, dont certaines se présentent même aux élections et affichent une loyauté renouvelée envers le régime. Pendant ce temps, les fonds détournés n'ont pas été restitués, laissant les hôpitaux en manque d'équipements et les infrastructures promises non réalisées. L'absence de restitution des avoirs soulève une question cruciale : une lutte contre la corruption peut-elle être réellement efficace sans récupérer les fonds volés ? Punir les individus sans recouvrer les biens mal acquis revient à laisser le crime payer, tandis que les contribuables camerounais ont financé l'incarcération des criminels sans jamais revoir les milliards détournés.

L'Opération Épervier a agi comme un avertissement ponctuel, frappant fort mais brièvement. Le manque de réformes structurelles a permis aux pratiques corrompues de réapparaître, et une justice sélective a miné la crédibilité de l'ensemble du processus. Le système actuel oscille entre arrestations médiatisées et promotions surprenantes, donnant l'impression d'une mise en scène où les acteurs changent simplement de rôle.

L'enjeu dépasse le simple bilan judiciaire et touche à la crédibilité de l'État. Un pays qui ne garantit pas la transparence budgétaire et l'égalité devant la loi compromet son propre contrat social, érodant la confiance des citoyens. À long terme, le Cameroun en paie le prix, car les investisseurs internationaux et les partenaires au développement conditionnent leur aide à des progrès tangibles. La corruption systémique agit comme une taxe invisible, entravant la croissance et décourageant les talents.

Une véritable politique de lutte contre la corruption nécessite des mécanismes de contrôle indépendants, des procédures de restitution automatiques et une volonté politique de traiter tous les dossiers, quels que soient les individus impliqués. En 2024, l'État camerounais a récupéré 5,6 milliards de FCFA issus de détournements et de fraudes financières. Cependant, des experts en gouvernance soulignent que l'absence d'une agence dédiée au recouvrement des avoirs illicites et d'un cadre juridique complet pour leur rapatriement accentue la vulnérabilité du système de lutte contre la corruption au Cameroun. La question qui demeure est de savoir si l'État camerounais a réellement l'intention d'éliminer la corruption ou simplement de changer les acteurs impliqués.

Malgré la multiplication des institutions de lutte contre la corruption, le Cameroun reste parmi les pays les plus mal classés au monde. Selon Transparency International, le pays affiche un score de 26/100 dans l'Indice de perception de la corruption (IPC) 2025.