Au cœur de la région de l'Ouest du Cameroun, le village de Bameka recèle une histoire riche de plus de trois siècles. Cette histoire est marquée par la séparation de quatre frères chasseurs, des alliances mystiques et une malédiction qui a presque anéanti sa dynastie.
L'histoire de Bameka est intimement liée à celle de ses voisins : Bamendjou, Bamougoum et Bansoa. Ces quatre villages partagent une origine commune qui remonte aux environs de 1700, dans l'actuel département de la Menoua. Selon la tradition orale, quatre frères chasseurs originaires de Fongo-Tongo, confrontés au manque de terres cultivables, partirent en quête de nouvelles terres. Ils s'installèrent d'abord ensemble à l'emplacement actuel de Bameka, mais des conflits les poussèrent à se séparer.
Les noms de ces villages seraient des surnoms donnés aux quatre frères par leurs parents. Bamendjou signifierait « le petit malheur », Bameka « l’enfant qui dorlote », Bamougoum « le petit malin » et Bansoa « le semeur de discorde ».
Malgré leur séparation, des alliances mystiques ont perduré entre les chefferies. Le roi de Bamendjou intronise celui de Bameka, et inversement. De même, le roi de Bamougoum intronise celui de Bansoa, et vice versa.
Bameka s'étend sur environ 52 km² et est dirigé par Sa Majesté Fo’o Takoukam Jean Raymond. Son accession au trône en 2005 a marqué la fin d'une période difficile, où trois rois sont décédés en l'espace de dix ans. Ces décès successifs furent interprétés comme la conséquence d'une malédiction due à des successions jugées illégitimes.
Pour conjurer le mauvais sort, Fo’o Takoukam Jean Raymond a initié en 2011 le festival culturel « Kaa Ndeh Munka », qui signifie « lève-toi et marche pour le peuple Munka ». Cet événement, qui met en valeur la culture et les richesses locales, se déroule tous les quatre ans. La prochaine édition est prévue pour 2027. Selon la communauté Bameka d'Amérique, le festival vise à rassembler les fils et filles de Bameka autour de leur monarque et de leur culture. En langue Bameka, « Ka'a » signifie « rassemblement », « Ndeh » signifie « maison » et « Mu'nka » signifie « Bameka ».
Vingt souverains se sont succédé sur le trône de Bameka depuis sa fondation. L'intronisation de Jean-Raymond Takoukam en 2005 a marqué un retour à la stabilité après une décennie de troubles. Le 11 mars 2006, Jean Raymond Takoukam, alors âgé de 33 ans, a été officiellement intronisé. Avant son intronisation, il travaillait au sein du groupe Fokou et était diplômé en électronique.
Le festival « Ka'a Ndeh Mu'nka » est plus qu'une simple célébration folklorique ; c'est un outil économique important pour le développement du village, notamment grâce à la promotion du tourisme.