Depuis son placement sous administration provisoire en juin 2022, puis sous régime de résolution, la situation financière d'Afriland First Bank RDC ne cesse de se détériorer. Les données de la Banque Centrale du Congo (BCC) pour décembre 2025 révèlent une dégradation marquée, avec un produit net bancaire (PNB) négatif de 4,68 millions de dollars, contrastant avec un PNB positif de 2,241 milliards de dollars pour l'ensemble du secteur bancaire congolais.
Le PNB, indicateur clé de la rentabilité bancaire, reflète les revenus générés par l'activité principale de la banque. Un PNB négatif signifie que les charges financières, notamment les intérêts sur les dépôts, dépassent les revenus tirés des prêts et des services financiers. Fin 2025, Afriland affichait 124,9 millions de dollars de dépôts clients et 175 millions de dollars de crédits bruts. Cependant, une part importante de ces prêts, en particulier ceux accordés aux entreprises privées (70% du portefeuille), ne génère plus de revenus. Seuls 37,8 millions de dollars de prêts sont considérés comme performants, soit 21,6% du total. Face à cette situation, la banque a constitué des provisions pour créances douteuses de 131,9 millions de dollars.
En parallèle, Afriland a perdu des parts de marché dans les paiements aux employés du secteur public, réduisant ses revenus de commissions. En 2025, la banque a été dépossédée des contrats de paiement des salaires des enseignants et des dépenses de fonctionnement des écoles dans cinq régions, au profit d'autres institutions financières. Ce portefeuille perdu représentait 29 513 employés, 2 039 écoles et un volume de paiement mensuel d'environ 12 milliards de francs congolais.
Afriland a clôturé l'année 2025 avec des pertes de 50,4 millions de dollars et des fonds propres négatifs de 116,9 millions de dollars. Cette situation accentue les besoins de recapitalisation, d'autant plus que les banques opérant en RDC doivent maintenir un capital minimum de 50 millions de dollars depuis janvier 2025. Déjà en mars 2022, la BCC estimait les besoins de recapitalisation d'Afriland à 90 millions de dollars.
L'administration provisoire d'Afriland First Bank RDC a été mise en place le 20 juin 2022, suite à une crise de gouvernance et des désaccords sur un audit. Afriland First Group (AFG), actionnaire majoritaire contrôlé par l'homme d'affaires camerounais Paul Kammogne Fokam, avait conditionné toute recapitalisation à un audit contradictoire, une requête que la BCC aurait rejetée. AFG conteste son éviction et a engagé une procédure d'arbitrage international contre la RDC auprès du Centre international pour le règlement des différends relatifs aux investissements (CIRDI).
Placée sous régime de résolution depuis janvier 2023, Afriland est soumise à l'ultime étape de supervision bancaire en vertu de la loi congolaise. Ce régime permet aux autorités de restructurer rapidement les institutions en difficulté lorsque leur solvabilité est menacée. Toutefois, fin 2025, les objectifs de restauration de la rentabilité et de la solvabilité n'avaient toujours pas été atteints. La situation financière d'Afriland s'est détériorée depuis le début de la crise en 2021. Le commissaire à la résolution dispose de pouvoirs étendus, pouvant remplacer les organes de direction et décider de mesures telles que l'ouverture du capital à de nouveaux investisseurs ou la vente d'actifs.
Face à cette situation, le risque de voir l'actionnaire majoritaire historique, AFG, perdre sa participation apparaît de plus en plus élevé. En février 2026, Afriland First Group a démenti toute implication dans la crise, soulignant avoir perdu le contrôle opérationnel de la filiale depuis juillet 2021. La maison-mère a également tenu à se distancer des problèmes de paiement de salaires à l'hôpital de Gbadolite, assurant n'exercer aucun contrôle sur la banque en RDC. La procédure d'arbitrage engagée par AFG suit son cours, et son issue sera rendue publique en temps opportun.